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ACTUALITES MAROC

Entre 1973 et 1981, le prince héritier Sidi Mohammed a vécu, quasi exclusivement, dans l'enceinte du collège royal. Programmes surchargés et discipline de fer, mais aussi souvenirs d'internat et histoires d'amitié avec ceux qui deviendront les hommes forts du royaume… TelQuel a enquêté sur les “années lycée” du futur Mohammed VI.
“L’enseignement
dispensé au collège royal ? Je n'en ai aucune idée, ces
choses-là relèvent directement du roi”. Notre interlocuteur, un
ancien ministre de l'Education nationale, manque de s'étrangler
à chaque fois
que le mot “royal” revient dans la conversation. Il insiste,
même, une lueur inquiète dans le regard : comme tous les
ministres de l'Education qui se sont succédé au Maroc, il ignore
tout du fonctionnement et des programmes dispensés dans cet
établissement scolaire qui ne ressemble à aucun autre. Domaine
réservé. Le collège royal, où princes et princesses vivent
l'essentiel de leur adolescence, a des allures de cité
interdite. Impossible de s'approcher dans un rayon d'un
kilomètre. Constamment gardé par des éléments de la gendarmerie
et de l'armée, le bâtiment, qui jouxte le ministère des Habous
et la Primature, est une annexe du palais royal - en plein cœur
du Mechouar Assaid, “quartier” de la capitale où seuls les
privilégiés, de préférence de sang royal, ainsi que leurs
invités et leurs serviteurs, peuvent mettre les pieds. C'est à
l'intérieur de ce bâtiment, dont la superficie totale s'étend
sur près de deux hectares, que Mohammed VI a fait ses classes,
ne le quittant qu'en 1981, le bac en poche. “On y a vécu huit
ans, le collège était à peu près notre seul univers, notre vie”,
résume cet ancien pensionnaire du collège, compagnon de celui
qui était encore, à l'époque, le prince héritier Sidi Mohammed.
Un “univers”, antichambre de la vie publique des futurs princes
et rois, qui a ses codes, ses rites, et… 66 ans d'histoire !
Aux origines
du collège
Nous sommes en 1942. Le Maroc est soumis au régime du
protectorat et Moulay Hassan, le jeune prince héritier, a 13
ans. A une époque où le royaume s'éveille à peine à la
modernité, le sultan Mohammed V comprend vite la nécessité
d'inculquer une double éducation à sa progéniture :
traditionnelle, à l'ancienne, pour ne pas bousculer les
fondements de l'institution monarchique, mais aussi moderne,
occidentale, pour donner à ses enfants une chance de comprendre
les réalités de leur époque. Le collège royal voit le jour.
Espace privé, directement rattaché au palais, il est conçu dès
le départ pour dispenser un enseignement d'élite, à la croisée
des systèmes marocain et français, loin des regards, loin de la
tutelle de l'Etat, régi par une discipline de fer. Avec, en
plus, un système de “socialisation” (des jeunes princes) fait de
dortoirs, de cantines, etc. On y étudie et on y vit.
Deux classes sont créées pour Moulay Hassan et, plus tard, Moulay Abdellah, son cadet de cinq ans. Une dizaine d'élèves triés sur le volet, pour la plupart fils de notables issus des diverses régions du Maroc ou familiers proches du sérail, accompagnent l'éducation des deux princes. Moulay Hassan et Moulay Abdellah, après un premier enseignement traditionnel, essentiellement religieux, entamé dès l'âge de six ans, rejoignent à tour de rôle le collège royal pour compléter leur éducation. Coran et traités de philosophie, éducation islamique et mathématiques modernes, la méthode porte ses fruits. Le collège royal est une réussite. Il produit, conformément aux vœux de Mohammed V, de nouvelles élites cultivées, modernes, mais parfaitement ancrées dans la tradition chérifienne.
Hassan II se souvient de ce schéma quand, devenu roi, et père, il façonne à son tour l'éducation de ses enfants. Il reconduit la méthode Mohammed V dans ses grandes lignes, à quelques nuances près. Pour le prince héritier Sidi Mohammed, initié à l'enseignement religieux dès son quatrième anniversaire, il crée en 1973 une classe de douze élèves, qu’il veut issus des coins cardinaux du pays, ce qui traduit le souci de représenter fidèlement la carte géographique du royaume. A côté des fils de notables, Hassan II décide de greffer des fils du peuple choisis pour leur brillante scolarité. Le dosage est différent pour le prince Moulay Rachid dont la classe, inaugurée en 1982, compte essentiellement des fils de notables, avec un régime beaucoup plus souple que celui de la classe de Sidi Mohammed. Détail : le collège royal n'est pas un établissement mixte. Une annexe dédiée exclusivement aux princesses existe, à quelques encablures du collège des princes. Cette annexe est dépourvue de dortoirs, car les princesses dorment auprès de leurs parents.
Triés,
filtrés, surveillés
Avant de mettre les pieds au collège royal, les élèves
sélectionnés pour accompagner la jeunesse de Sidi Mohammed sont
“filtrés” par différents services de renseignements marocains
(renseignements généraux, DST, etc.). Les enquêtes approfondies
peuvent s'étaler sur une durée moyenne de six mois. Tout est
passé au peigne fin : environnement familial, proches et
lointains parents, voisinage, connaissances, amis. Le but est de
cerner, au plus infime détail près, le profil politique (même en
constitution) de l'élève, les éventuels antécédents judiciaires
des membres de sa famille, etc.
Ne parviennent jusqu'au collège que les candidats ayant validé, avec succès, toutes ces épreuves. Des élèves brillants, parfaitement fréquentables. Les enquêtes ne s'arrêteront d'ailleurs pas après le début du cursus scolaire en compagnie du prince. Tout au long de la scolarité du groupe, elles continueront sous forme de “pointages” réguliers de la situation familiale de chaque élève. Objectif déclaré : sanctionner le moindre écart par l'exclusion pure et simple du collège. Et même en fin de cursus, quand les élèves quitteront le collège, ils continueront d'être “suivis” par les agents du renseignement.
Mais nous n'en sommes qu'au début. En 1973, donc, “son équipe” constituée, Sidi Mohammed rejoint l'école qui forme aux métiers de prince, de roi et aussi, comme on le verra, d'homme de pouvoir. Il a 10 ans et il vient d'achever ses études primaires, dispensées par des précepteurs à l'intérieur même du palais. Pendant 8 ans, le collège deviendra le principal cadre de vie du futur roi du Maroc.
Une discipline
de fer
La sévérité du régime disciplinaire y est sans pareille. Epiés
dans leurs moindres faits et gestes par un personnel (vigiles,
fonctionnaires) dévoué corps et âmes au maître suprême (Hassan
II), Sidi Mohammed et ses condisciples sont par ailleurs soumis
aux rigueurs d'un programme scolaire et éducatif à même de les
occuper du lever au coucher du soleil. Réveillés chaque jour à 6
heures du matin, ils sont astreints à une séance quotidienne de
récitation coranique qui dure une heure. Ce n'est qu'après
qu'ils peuvent prendre le petit-déjeuner, avant des journées
toujours extrêmement denses. Une moyenne de 45 heures de cours
par semaine, y compris le samedi, sans compter les interminables
séances de rattrapage qui débutent à 18h30 et se prolongent
jusqu'à… 23 heures !
Seul moment de répit, le samedi soir, où les élèves ont droit à une séance à la cinémathèque du collège. Les films, entre classiques et cinéma d'auteur, ne sont pas toujours folichons. Leur contenu est scrupuleusement vérifié. Quand il arrive que l'opérateur oublie de couper une scène osée, un baiser plus long que la moyenne, par exemple, le surveillant assigné à la cinémathèque surgit pour empêcher les élèves de voir la scène... en s'interposant entre l'écran et les spectateurs. Ce qui, on l'imagine, n'est jamais évident, et fait parfois basculer le climat dans l'hilarité générale
Hormis la salle de sport, la bibliothèque constitue le second lieu de loisir au sein du collège. Le choix des livres, toujours “sérieux”, va des essais pédagogiques aux traités d'histoire, en passant par les classiques de la littérature arabe et française. Sérieux et discipline caractérisent aussi les séances d'activités sportives (quatre heures en moyenne par semaine). Sans surprise, l'équitation est le sport-roi. Les séances d'entraînements, très physiques, sont supervisées par des instructeurs issus de la Gendarmerie royale et des FAR. Et l'élève le plus sportif de la classe ne s'appelle pas Sidi Mohammed , mais… Yassine Mansouri !
Le dimanche, à partir de 9 heures, les élèves sont autorisés à quitter le collège. Quartier (plus ou moins) libre, mais avec l'obligation de retourner au collège à 17 heures précises. Alors que Sidi Mohammed rejoint naturellement son père au palais royal, ceux parmi ses compagnons qui sont issus de Rabat peuvent, dans la journée de dimanche, visiter leurs familles. Ceux qui viennent de régions lointaines - comme Mansouri (Bejaâd) - passent leur excursion dominicale dans la famille de l'un ou l'autre de leurs compagnons de classe. Mais la “famille d'accueil” est tenue de signer un engagement pour veiller au bon comportement de l'élève invité… et garantir son retour au collège en temps et en heure. Un régime quasiment militaire.
Littéraires
comme Smyet Sidi
Le collège royal, et particulièrement sous la promo Sidi
Mohammed, est sans doute l'établissement qui a le programme
scolaire le plus chargé au Maroc. Le contenu est un mélange
savamment dosé entre les programmes propres aux établissements
scolaires “normaux” et ceux des missions françaises. Il en est
ainsi du latin et de la philosophie, par exemple, qui sont
enseignés à partir de la deuxième année. Toutes les disciplines
ont le même coefficient. Le programme comporte des matières
relativement insolites, comme… la menuiserie ! Mais l'éducation
religieuse y reste prépondérante. En plus de la séance
quotidienne de récitation du Coran à partir de 6h30, les élèves
ont droit à deux heures d'éducation islamique par semaine.
Jusque-là, tous les élèves, qu'ils soient de sang royal ou pas,
sont astreints au même programme, prédéterminé par la direction
du collège (sous l'étroite supervision de Hassan II en
personne). Mais à partir de la quatrième année, celle dite du
“brevet”, les programmes de tous sont adaptés… en fonction des
penchants du prince. C'est ainsi que dans la classe de Mohammed
VI, les cours ont pris une orientation littéraire à partir de
1977, pour la simple raison que le prince héritier préférait les
lettres aux maths, discipline dans laquelle il ne brillait pas
particulièrement. Ce qui a valu à deux élèves à l'orientation
plutôt scientifique (dont l'actuel directeur général de
CasaShore, Naïm Temsamani), de quitter la classe du prince
héritier pour être remplacés par deux nouveaux venus : un
certain Rochdi Chraïbi, venu de Ouarzazate, et un certain Fouad
Ali El Himma, venu des Rhamna, dans la région de Marrakech.
Intéressant constat : les deux hommes, qui seront par la suite
les plus proches amis du roi (et parmi les hommes les plus
puissants du pays), ne sont tous les deux entrés dans son
périmètre que sur le tard...
Le collège
voyage avec le prince
Sur le plan administratif, le collège royal relève de la tutelle
directe du Palais et échappe totalement, comme on l'a vu, à
l'emprise du ministère de l'Education nationale. Environ trois
cents personnes y travaillent en permanence pour veiller aux
moindres besoins du prince et de ses onze compagnons. L'année
scolaire commence début septembre et se prolonge jusqu'à la
mi-juillet. C'est un collège “ponctuel” réservé aux seuls
princes et princesses du premier et du deuxième degré. Quand il
n'y a pas de princes à former, le collège ferme tout simplement
ses portes en attendant une nouvelle promotion. Dans l'ensemble,
entre la classe de Hassan II (de 1942 à 1949) et celle de
Mohammed VI (de 1973 à 1981), le collège royal est resté fermé
une vingtaine d'années. Durant cette période de vacances, ses
locaux ont servi de… tribunal du Chraâ !
Mais il arrive que le collège suive les princes lors de leurs déplacements. Pendant ces périodes particulières, l'établissement royal devient une sorte d'école itinérante. Il arrive que toute la classe, élèves et enseignants compris, suive Sidi Mohammed quand il accompagne son père en voyage, notamment à Marrakech, Fès ou Ifrane. Logés dans des hôtels ou, le plus souvent, dans des résidences royales, les élèves suivent alors les cours dans des salles spécialement aménagées à cet effet.
Apprendre même
à table
En plus du bureau du proviseur et des autres bureaux du staff
administratif, le collège compte deux salles de cours agencées
sous la forme d'amphithéâtres. L'une sert aux cours et l'autre
aux devoirs. Un laboratoire scientifique, ainsi qu'un atelier de
travaux manuels (menuiserie, peinture) sont également mis à la
disposition des élèves. A partir de la deuxième moitié des
années 90 (époque des promos Moulay Ismaïl et Lalla Soukaïna),
il y aura aussi, évidemment, une salle multimédia dernier cri.
“Au départ, l'irruption de l'informatique rendait la direction
nerveuse, raconte un ancien du staff administratif. Il est
arrivé que, pour une souris défectueuse, tout le parc soit
changé !”.
La cantine du collège est tenue par des cuistots issus du palais. Véritables cordons bleus, ils se sont longtemps limités à des préparations simples et diététiques pour maintenir les élèves en forme. Mais ce régime, pour le moins frugal, a été amélioré après les nombreuses réclamations de certains élèves…
Les repas sont pris sur des tables rondes. Et même là, la pédagogie n'est pas loin. Ainsi, le prince héritier Sidi Mohammed est habituellement assis à côté d'une nurse spécialement chargée d'indiquer la bonne façon de se tenir à table. Ce “cours particulier” comble, en fait, une lacune dans le cursus du collège royal qui ne dispense aucune formation en “bonnes manières”. Pour en profiter, tous les élèves s'installent à tour de rôle aux côtés de la nurse princière pour profiter de ses enseignements.
La vie dans le
dortoir
A la fin du dernier cours de rattrapage, tard dans la nuit, les
pensionnaires du collège retournent aux chambres du dortoir.
Trois pièces sont équipées de trois lits chacune, la quatrième
(où vivent Fouad Ali El Himma, Yassine Mansouri et Karim Ramzi)
comporte un lit supplémentaire, théoriquement réservé au prince
héritier. Sauf qu'il y a aussi une cinquième chambre,
officiellement réservée à Sidi Mohammed et à sa nurse, qui l'a
accompagné pendant ses premières années au collège. Les élèves
disposent de placards personnels qu'ils sont tenus de garder
constamment ouverts. But officiel de cette curieuse mesure :
éviter que les placards ne servent à cacher des cigarettes, des
boissons alcoolisées, des magazines ou des transistors, objets
strictement proscrits dans l'enceinte du collège. “On ne pouvait
pas prendre de risque, introduire des objets interdits ou faire
le mur, explique un ancien pensionnaire du collège. Les
descentes étaient fréquentes et tout était contrôlé”. Il n'était
pas rare que Hassan II en personne fasse une inspection
surprise. Le roi ne surveille pas seulement l'avancement
sco-laire du prince héritier, il s'intéresse à tout et en
permanence. “Il s'intéressait à tous les services du collège, et
spécialement aux installations du dortoir. Il est ainsi souvent
arrivé que des matelas usagés ou que le menu de la cantine
soient changés sur son ordre”, ajoute notre source.
Angoisse et
obligation de résultats
Et Sidi Mohammed, dans tout cela ? Il mène son bonhomme de
chemin… Intégré au groupe, entouré, le prince héritier ne
bénéficie, en classe, d'aucun traitement de faveur. Hormis le
fait, peut-être, qu'il est placé quasi systématiquement au
premier rang. Mais il n'est pas le premier de la classe pour
autant, le titre revenant invariablement à son ami Hassan Aourid.
Un Aourid qui pousse le zèle jusqu'à essayer d'apprendre par
cœur… l'encyclopédie Bordas ! Ou de répondre, le jour où,
malade, on l'autorise à rentrer chez ses parents (à Rich) pour
se soigner et se reposer : “Mais pourquoi le ferais-je ?
L'écrivain Taha Hussein n'a pas arrêté ses études alors même
qu'il était aveugle !”.
S'il n'est pas premier de la classe, le prince fait tout de même partie du peloton de tête. Par ailleurs, il aime particulièrement le dessin, une discipline non enseignée au collège et avec laquelle il meuble une partie de son temps libre. Régulièrement supervisé par son père, ses bulletins scolaires décortiqués en permanence, il sait qu'il ne peut pas se permettre la moindre baisse de régime. “Il subissait nettement plus de pression que nous”, commente ce camarade de classe. Et d'ajouter : “Quoi de plus normal, vu ses futures fonctions ?”. Comme tout élève “normal”, le prince voue un profond respect, mêlé de crainte, à ses professeurs. A l'approche des examens, il est parfois saisi de crises d'angoisse. Mais il n'est pas le seul. “L'angoisse gagnait les autres élèves, notamment ceux issus des milieux modestes. Ils avaient peur que la moindre baisse de niveau soit sanctionnée par leur exclusion du collège. Conscients de la bénédiction que constituait pour eux et pour leurs familles le fait de suivre leur scolarité avec le futur roi, ils faisaient donc tout pour garder leur place au sein du collège”. Une angoisse, manifestement source de motivation : en huit ans de vie commune, jamais un membre de la “dream team scolaire” rassemblée autour du prince héritier n'a été exclu pour mauvais résultats. Au niveau des performances, la plupart se valent, et tous ont des notes largement au-dessus de la moyenne. Avec, bien entendu, un respect absolu, et général, de la discipline et du respect dû aux professeurs. “Comment imaginer l’irrespect, quand on sait que nos professeurs, quand ils n'étaient pas des experts de renommée mondiale, étaient des personnalités aussi influentes que Ahmed Bahnini (ancien Premier ministre) ou Abdelhadi Boutaleb (ministre et conseiller du roi) ?”, poursuit un ancien élève.
El Himma et
Chraïbi doublent tout le monde
Durant les premières années du collège, il n'existe aucune
hiérarchie parmi les élèves. En dehors des cours et à l'abri des
regards des profs et du staff administratif, les empoignades
sont légion, comme dans toute promotion normale. Le prince
n'échappe pas à la règle même si son tempérament réservé,
presque timide, autant que le sang royal qui court dans ses
veines, en font un intouchable. Comme tout groupe d'adolescents,
la promo Mohammed VI rit, blague, se chambre… Les surnoms y sont
légion. Du fait d'un léger boitillement probablement occasionné
par sa grande stature, Fouad Ali El Himma est ainsi surnommé
“Moulay Hmed Lâarej”, du nom d'un ancien vizir. Hassan Aourid
hérite, lui, du sobriquet d'“Aoudir” dans un verlan avant
l'heure, Anas Khales devient “Qillouch”, Karim Ramzi est “Krikaum”,
Samir Lyazidi, “Chamain”, etc. Mais la potacherie a des limites,
et jamais Mohammed VI ne sera désigné autrement que par le très
officiel “Smyet Sidi” (le nom de mon seigneur), en usage à Dar
El Makhzen. Et ce n'est pas lui non plus qui distribue les
sobriquets, ce rôle ayant échu, assez tôt, au boute-en-train de
la bande, Driss Aït Mbarek. Il n'empêche que, même à douze, un
cercle de proches du prince se forme. Certains vont et viennent,
mais le noyau est formé (sans surprise, au regard de leurs
trajectoires futures respectives) de Chraïbi, El Himma, Mansouri
et Aourid. Les deux premiers, qui ont pourtant rejoint le
collège avec quatre années de retard, finissent par prendre
définitivement l'ascendant sur les autres. Notamment l'année du
bac, la dernière du cursus, où - changement protocolaire notable
- tous les élèves adoptent la règle du baisemain princier. C'est
à partir de cette année, en effet, que les voyages en compagnie
du prince se limitent aux amis les plus proches. Principalement
El Himma et Chraïbi.
En attendant
Moulay Hassan
Quand, dans un discours de l'année 1981, Hassan II invite les
Marocains à partager sa joie “parce que le prince héritier vient
d'obtenir son bac”, il sait, comme les pensionnaires, les
enseignants et les nombreux employés du collège royal, que Sidi
Mohammed vient de clore un chapitre-clé de son éducation, et de
sa vie. 18 ans avant son arrivée au pouvoir, le futur Mohammed
VI est alors un adulte. Il quitte le collège royal comme un
adolescent peut quitter, enfin, la maison familiale.
D'autres promotions princières ont pris, depuis, le relais. Dont
celle, soumise à un régime beaucoup plus souple, du prince
Moulay Rachid, dès 1982. “Jamais le collège n'a retrouvé la
rigueur imprimée à la promotion Mohammed VI”, juge cet habitué
du sérail. Jamais plus jamais ? Réponse quand le prince héritier
Moulay Hassan, qui fêtera ses cinq ans en mai prochain (un âge
où son père avait entamé sa formation préscolaire), rejoindra à
son tour le collège royal. Alors, une nouvelle page d’histoire
s'ouvrira…